bienvenue chez les chtis en streaming

Bienvenuechez les ch'tis Bienvenidos al Norte Ver en Hoopla Film très bien tourné car il ne ridiculise pas le Nord de la France, bien au contraire il sait mettre en valeur les us et coutumes de là-haut avec beaucoup d'humour et de poésie. Un Vrai Régal ! Lisou21031976 17 juin 2013 left right. Películas similares (23) Le Doudou. Le Doudou Les Choristes. Les Bienvenuechez les chtis telecharger streaming zone. Mouais, pas si drôle bienvene ça au final Les Vacances de Mr. Mouais, pas si drôle bienvene ça au final Les Vacances de Mr. Biengenue bien aimé que ça parte sur un truc un peu plus poussé et des blagues sur la consanguinité des gens du nord mais il fallait que le divertissement reste familial. Directedby Dany BoonProduced by Hirsch, Pathé FilmsGenres : Fiction - Runtime : 1 h 46 minFrench release : 27/02/2008Production year : 2007Philippe Abrams i Regarderen exclusivité tous les replay de Bienvenue chez les Ch'tis - Proposé en streaming sur Ciné+ Premier et diffusé le 8 juin 2022 Rencontre Avec Joe Black Vf Streaming. Danny Boon, 2008 LE COMMENTAIRE Le langage exprime une certaine identité. Parfois, les mots se suffisent à eux même. Sinon, ils peuvent être accompagnés d’une gestuelle. Les Italiens aiment parler avec les mains. Dans le Nord de la France, on aime articuler pour se faire comprendre. LE PITCH Un homme est contraint de changer de vie en mettant le cap au Nord. LE RÉSUMÉ Philippe Abrams Kad Merad est directeur à la Poste. Depuis quelques années, il essaie désespérément d’obtenir une mutation pour faire plaisir à sa femme Julie Zoé Felix. Jean Stéphane Freiss, le DRH ne peut malheureusement pas faire de miracle. Mis sous pression, Philippe se fait passer pour un handicapé pour accélérer le processus. Sa supercherie ne trompe pas l’inspecteur. Philippe est muté dans le Nord Pas de Calais, pour deux ans. Le grand-oncle de Julie y a vécu et lui promet l’enfer. Ça meurt jeune là-bas… Julie ne veut pas le suivre. Philippe prend l’autoroute la mort dans l’âme, à 50km/h. Il échappe à la contravention car le motard Patrick Bosso a pitié de lui. À son arrivée à Bergues, le nouveau directeur est accueilli par Antoine Bailleul Dany Boon et le reste de l’équipe Annabelle Anne Marivin, Fabrice Philippe Duquesne et Yann Guy Lecluyse. Les débuts dans le Ch’nord sont difficiles. Son appartement n’est pas meublé. Il est initié aux tartines de maroilles trempées dans le café à la chicorée pour le petit-déjeuner. Impossible de comprendre un mot au dialecte local. Il se braque. C’est pas la peine de se foutre de ma gueule parce que je comprends pas quelque chose! Yann ne l’aime guère. Tête de con… Philippe va être très touché par la démarche d’Antoine qui est allé faire la braderie pour lui trouver des meubles. Le patron invite tout le monde au restaurant dans le vieux Lille. Lui aussi fait des efforts pour se fondre dans le moule de cette région finalement plus hospitalière qu’il n’y parait. Philippe rentre toutes les deux semaines dans le Sud mais commence à se plaire dans sa nouvelle vie. Il ment de nouveau à sa femme et prétend qu’il vit un calvaire. Contre toute attente, Julie veut emménager avec lui – ce qui ne semble pas le réjouir. Il fait tout pour la dissuader et dresse un portrait peu élogieux de ses collègues. J’ai dit que vous étiez un peu basiques. Un peu simples, un peu rustres, parfois vulgaires, abrutis. Arriérés aussi. Quelques autres trucs… Ceux-ci sont blessés d’apprendre cette nouvelle. Ils jouent malgré tout le jeu et emmènent Julie faire un tour dans une cité minière pour lui offrir de la soit-disante viande de chat au barbecue. Quand Julie découvre le mensonge de son mari, elle repart aussitôt dans le Sud. Philippe va devoir prendre ses responsabilités. Tout comme Antoine vit mal sa séparation avec Annabelle, car il n’a pas été capable de remettre sa mère un peu trop envahissante à sa place Line Renaud. Occupe toi de ta mère, j’m’occupe de ma femme. Antoine prend son courage à deux mains et annonce sa décision de vivre avec Annabelle à sa mère. Puis il fait une déclaration officielle à son amoureuse. De son côté, Philippe redescend dans le Sud pour en faire de même avec Julie. Je t’aime et je voudrais que tu viennes vivre avec moi dans le Nord Pas de Calais. Trois ans ont passé et Philippe reçoit sa mutation à Porquerolles. Il s’en va à regret, confirmant le proverbe ch’timi. Quand on vient dans le Nord, on braie deux fois quand on arrive et quand on repart. L’EXPLICATION Bienvenue chez les Ch’tis, c’est une honnêteté forgée sur les secteurs pavés. Tout bon cycliste sait que pour rallier Roubaix depuis Paris, il faut traverser l’enfer du Nord une route qui fait mal aux jambes et au moral, le froid, la boue, le vent, les crevaisons, les chutes. Pour arriver au bout de la course et mériter sa douche froide, il faut pédaler. Il faut savoir se faire mal. C’est ce que Philippe ne sait plus faire. Il s’est embourbé dans son petit confort méridional et ne s’est rendu compte de rien cf Gazon maudit. Bizarrement, il ne s’est pas aperçu que Julie s’était transformée en une femme profondément insatisfaite. Moi qui me faisait une joie de ce déménagement. Je croyais que ça te faisait pas envie Ça me faisait plus envie parce que je savais qu’on allait déménager. Maintenant qu’on déménage plus je me dis qu’on passe à côté de quelque chose. Elle ne l’accompagne pas, tout un symbole. Pardon de pas t’accompagner mais c’est au dessus de mes forces. Il ne s’est pas non plus rendu compte qu’il était devenu lâche. Menteur. Planqué. N’hésitant pas à se faire passer pour un handicapé pour avoir la paix. Il se ment surtout à lui-même. La vie le punit en l’envoyant dans le Nord. Ou plutôt la vie le récompense car c’est là-bas qu’il va réaliser qu’il doit changer. Et qu’il peut changer. Dans le Nord, il découvre des gens bruts de décoffrage. On ne peut pas se mentir. Tout les clichés semblent être vrais. Il pleut. L’accent est incompréhensible. C’est la déprime, malgré la bière. On est loin du Sud et des odeurs de lavande. Tout pue votre fromage! Les clichés vont dans les deux sens. La fameuse hospitalité du Nord se confirme également. C’est l’horreur c’est ça? Ben pas tant que ça. D’abord il fait pas si froid que ça et puis ils sont accueillants. En vivant à la dure, Philippe apprend à se satisfaire de peu. Plutôt que de chercher sans cesse mieux. Il se débarrasse de son ego puis prend goût à la vie de célibataire et ment malheureusement de nouveau à sa femme pour éviter qu’elle ne vienne parasiter son nouveau paradis. Il s’est fait grignoter par Julie au fil des années par soucis de lui plaire, tout comme Antoine a laissé Annabelle s’échapper pour faire plaisir à sa mère. Pour ne pas retomber dans leurs travers, ces deux hommes vont se rendre service mutuellement. C’est le pôle Nord et le pôle Sud qui s’équilibrent cf Camping. Ils peuvent se remercier. Merci pour tout Biloute. L’honnêteté va leur permettre d’affronter les épreuves qui les attendent et d’atteindre leur but. Philippe s’est rendu compte que l’enfer n’était pas ce qu’il croyait. Il obtient le droit de retourner vivre au paradis, après l’avoir mérité cette fois-ci. Antoine et Annabelle quant à eux vont donner naissance à un Chtio Biloute. Tout le monde est content. Chacun à sa place. LE TRAILER Cette explication n’engage que son auteur. Bienvenue chez les Ch’tis… Everybody in France, Belgium and surroundings has seen the movie or at least heard of it! This French movie from 2008 was filmed by Dany Boon in Bergues, a Northern-French town at 10km of Dunkirk. The movie was even nominated for a César and a Goya Award. In Bergues, only a 25 minutes drive away from Bray-Dunes, you can go on a real Ch’ti tour! During this tour, you’ll visit the most emblematic locations of the movie, you’ll get everything to know about Philippe and Antoine and you’ll hear plenty of funny anecdotes… The tour takes approximately 1,5h. Afterwards, you can ofcourse buy a “Ch’ti biloute” or a “Ch’ti” bread. Evancy tip You can book this tour online. Do you prefer to decide at the last moment? No problem, you can book the tour at the Bergues Tourism Office as well. SUMMARY Philippe Abrams played by Kad Merad is a postal director in the southern French town of Salon-de-Provence. He is married to Julie Zoé Félix, but her depressing mood sometimes makes life almost impossible for him. To make her happy, he applies for a transfer to the Côte d'Azur on the Mediterranean coast. In order to gain urgency in his application, he fills in the form that he is an invalid, but unfortunately for him, his little plan fails and he is caught. As punishment, he is put to work in Bergues, a farming village in the north. Abrams and his wife are not looking forward to this at all. The northern French known in French as les Ch'tis are said to be beer-drinking, chip-eating barbarians. It would always rain and in winter your toes would freeze off from the cold, not to mention the way they speak French the northerners have a heavy accent compared to the rest of France. It soon becomes clear that all the prejudices the Abrams had were unjustified and that the image people have of the North is not comparable with what it really is. The film contains a lot of French word jokes and for a non-French speaker this is often incomprehensible, but it maps the prejudices one always has about people from another region very nicely. Meeting point Belfort, Place Henri Billiaert 59380 Bergues Website Our accommodation near Bergues WAAR WERD BIENVENUE-CHEZ-LES-CH'TIS OPGENOMEN?WHERE WAS BIENVENUE-CHEZ-LES-CH'TIS SHOT? Bienvenue-chez-les-Ch'tis was filmed in the small town of Bergues, which is about 10 kilometres from Dunkirk and only 25 minutes from Bray-Dunes. In Bergues, there is also the possibility to follow a true Ch'ti tour. During this tour, you will be guided through the town, passing by several shooting locations of the film. Here, you will get to know everything about the cast and the director, and all kinds of funny stories will be told. The tour lasts about an hour and a half and at the end of the tour you can buy a Ch'ti bread or biloute an authentic beer, biloute is a Northern French collegiate greeting for someone you know personally, in this case the postman. In Dutch it translates to lullo or guest. Wat gebeurde er naar aanleiding van de film?The film received more than 20 million visitors and made it one of the most watched films in France. This put 'le Nord' on the map as a holiday destination for the French and the demand for the local stinky cheese maroilles also exploded. Tourists from all over France and Belgium came to see the town where this humorous film was shot, and the telephone never stopped ringing at the tourist office. Fan of the film? Interested? You can book the tour and accommodations through Evancy online, so you are sure of your place! If you prefer to choose on the spot, you can also book at the tourist office of Bergues. AL/G HD Comedy 1 Hour 41 Minutes 2008 • 31 Ratings Philippe Abrams est directeur de la poste de Salon-de-Provence. Il est marié à Julie, dont le caractère dépressif lui rend la vie impossible. Pour lui faire plaisir, Philippe fraude afin d'obtenir une mutation sur la Côte d'Azur. Mais il est démasqué il sera muté à Bergues, petite ville du les Abrams, sudistes pleins de préjugés, le Nord c'est l'horreur, une région glacée, peuplée d'êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, le "cheutimi". Philippe ira seul. A sa grande surprise, il découvre un endroit charmant, une équipe chaleureuse, des gens accueillants, et se fait un ami Antoine, le facteur et le carillonneur du village, à la mère possessive et aux amours contrariées. Quand Philippe revient à Salon, Julie refuse de croire qu'il se plait dans le Nord. Elle pense même qu'il lui ment pour la ménager. Pour la satisfaire et se simplifier la vie, Philippe lui fait croire qu'en effet, il vit un enfer à Bergues. Dès lors, sa vie s'enfonce dans un mensonge confortable... Rent 3,99 € Buy 9,99 € Philippe Abrams est directeur de la poste de Salon-de-Provence. Il est marié à Julie, dont le caractère dépressif lui rend la vie impossible. Pour lui faire plaisir, Philippe fraude afin d'obtenir une mutation sur la Côte d'Azur. Mais il est démasqué il sera muté à Bergues, petite ville du les Abrams, sudistes pleins de préjugés, le Nord c'est l'horreur, une région glacée, peuplée d'êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, le "cheutimi". Philippe ira seul. A sa grande surprise, il découvre un endroit charmant, une équipe chaleureuse, des gens accueillants, et se fait un ami Antoine, le facteur et le carillonneur du village, à la mère possessive et aux amours contrariées. Quand Philippe revient à Salon, Julie refuse de croire qu'il se plait dans le Nord. Elle pense même qu'il lui ment pour la ménager. Pour la satisfaire et se simplifier la vie, Philippe lui fait croire qu'en effet, il vit un enfer à Bergues. Dès lors, sa vie s'enfonce dans un mensonge confortable... Rent 3,99 € Buy 9,99 € Trailers Cast & Crew Information Studio Hirsch - Pathé Production - Les productions du Ch'timi Genre Comedy Released 2008 Copyright © 2008 - HIRSCH / PATHE RENN PRODUCTION / TF1 FILMS PRODUCTION / LES PRODUCTIONS DU CH’TIMI / CRRAV NORD-PAS-DE-CALAIS Languages Primary French Dolby, Stereo Viewers Also Bought Films in Comedy Avis des internautes155 InfosDiffusionsCastingRésuméDirecteur de La Poste à Salon-de-Provence, Philippe Abrams rêve d'être muté sur la Côte d'Azur pour faire plaisir à sa femme. Il est prêt à tout, y compris à frauder pour arriver à ses fins. Peine perdue, il est aussitôt démasqué et la sanction tombe il est transféré à Bergues, une petite ville du Nord. Cataclysme chez les Abrams, dont les préjugés sur le Nord sont aussi aberrants qu'infondés. Tout ce petit monde est persuadé qu'il y fait moins 40 °C en hiver et que ses habitants sont des rustres. La mort dans l'âme, Philippe prend donc seul la route pour Bergues. A sa grande surprise, il découvre une petite ville accueillante et des collaborateurs chaleureuxGenreFilm - ComédieAnnée de sortie2008AvecKad Merad, Dany Boon, Anne Marivin, Zoé Félix, Line Renaud, Philippe Duquesne, Dany Boon, Dany Boon, Alexandre Charlot, Franck MagnierInfos supplémentaires—Avis de la rédactionUn film sympathique devenu le plus grand succès du cinéma des internautes 155Vous avez aimé ce programme ? Introduction 1. Objet 1Les habitants du Nord-Pas-de-Calais, ou les Ch’tis, vivent dans une région polaire, habitent dans des maisons en briques rouges, travaillent dans des mines, parlent une langue bizarre et mangent des frites-fricadelles à midi. Tel est le portrait de la population du Nord de la France vue par les habitants du reste du pays que l’on pourrait esquisser à partir des premières scènes de Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon. 2Le film présente l’histoire de Philippe Abrams, directeur de la Poste à Salon-de-Provence, qui, à la suite d’une faute professionnelle, est muté à Bergues, dans le Nord-Pas-de-Calais. La mutation de Philippe est d’abord vécue par lui et par ses proches comme une catastrophe, ceux-ci ne connaissant le Nord qu’à travers les stéréotypes. Dès les premières séquences du film, cette image négative est renforcée. Tout d’abord par le fils de Philippe, qui associe le Nord de la France à une région polaire, puis par l’oncle de Julie, la femme de Philippe. Pour ce vieux Marseillais, qui a vécu dans le Nord étant enfant, c’est une région de froid paralysant, dont les habitants inhospitaliers vivent dans des conditions misérables et – surtout – parlent une langue étrange, le cheutemi. Enfin, ces images péjoratives sont confortées par les gendarmes qui arrêtent Philippe pour avoir roulé trop lentement sur l’autoroute. En effet, ayant appris que celui-ci se dirige vers le Nord-Pas-de-Calais, ils compatissent et le laissent aller sans contravention. 3Les premiers moments à Bergues semblent confirmer les préjugés la façon de parler des Ch’tis entraîne de multiples quiproquos, et leurs habitudes culinaires causent l’étonnement du Provençal. Petit à petit, comme on le suppose, les stéréotypes sont démontés et Philippe puis sa femme découvrent dans le Nord une région chaleureuse. 1 Pour rappeler les contraintes qui régissent la traduction audiovisuelle, il faut souligner que le f ... 4Le film de Boon – rappelons-le – est construit sur un jeu de stéréotypes. Nous considérons ici le stéréotype comme une représentation sociale qui, dans une œuvre, peut apparaître au niveau de l’elocutio, de la dispositio ou de l’inventio ou, en d’autres termes, au niveau verbal, thématique ou idéel du discours Dufays 1994 316. Dans la comédie de Boon, il est véhiculé, entre autres, par les paroles des personnages, aussi bien dans la teneur de leurs répliques que dans la forme de celles-ci. Aussi, le rôle du code verbal dans la construction des sens du message devient très important et devrait être transmis dans la traduction. Mais, en même temps, il constitue une des difficultés du sous-titrage ; en effet, le traducteur, face aux phénomènes relevant d’un parler régional particulier et très marqué, doit s’éloigner des sentiers battus pour chercher des solutions satisfaisantes1. 2. But 2 D’après site consulté le 1er mars 2011. 5La version polonaise du film a été faite par Magdalena Kamińska-Maurugeon sur demande de Hagi Film. Sa sortie dans les cinémas polonais s’est déroulée le 6 juin 2008. Au total, Bienvenue... a cumulé en Pologne 104 932 entrées2. On pourrait supposer que la version polonaise des dialogues a contribué à ce succès. Or, la tâche n’a pas été facile, en raison de trois facteurs la relation entre le verbal et le non-verbal dans le film, les contraintes techniques de la traduction audiovisuelle et surtout le fait que le spectateur polonais moyen associe les Français à l’élégance, au bon vin, aux parfums et à la baguette sous le bras, et ne fait peut-être aucune distinction entre les habitants du Nord et ceux du reste de la France. On pourrait se demander dans quelle mesure il a pu avoir la même image des Nordistes en regardant la version polonaise du film. 6Nous allons chercher une réponse à cette question en examinant les moyens employés pour traduire les éléments linguistiques syntaxiques, lexicaux et phonétiques qui, dans le film, servent à introduire le stéréotype des habitants du Nord de la France. 3. Démarche 7Pour ce faire, nous analyserons quatre scènes du film la première présente une conversation de deux Provençaux sur les Français du Nord, les trois autres montrent des confrontations directes avec des habitants de ces deux régions. Ce qui relie ces scènes, c’est le fait que toutes les quatre mettent en relief que ce soit de façon directe ou par inférences l’altérité des Ch’timis dont les indices sont leur mode de vie, leur cuisine, mais avant tout leur langue. Cette altérité, exprimée ici au niveau verbal, participe à la construction du stéréotype de la population du Nord. 1. Image des Ch’tis dans les scènes choisies et dans leur traduction polonaise Avant le départ 1 PHILIPPE J’dois partir dans le… le Nord-Pas-de- Calais. Muszȩ jechać do Nord-Pas-de-Calais. PHILIPPE Une mutation. Oddelegowali mnie. PHILIPPE Et Julie m’a dit que vous connaissiez bien la région près de… de Lille. Podobno wuj zna te okolice. ... VIEUX MARSEILLAIS Je dis qu’en 1934, ma mère a couché avec un cheutemi. … Powiedziałem w 1934 matkȩ bzyknął Cheutemi. PHILIPPE Un châtiment ? W szatni ? VIEUX MARSEILLAIS Non pas un, pas un chât… un châtiment. Nie w szatni. VIEUX MARSEILLAIS Un cheutemi. Cheutemi. VIEUX MARSEILLAIS Un cheutemi, ils s’appellent comme ça là-haut. Les femmes, les enfants, les hommes, c’est des cheutemis ! Tak siȩ nazywają. Kobiety, mȩżczyźni i dzieci. Cheutemi. PHILIPPE Des cheutemis ? VIEUX MARSEILLAIS Mêm… même les animaux, c’est des cheutemis ! Nawet zwierzȩta ! Psy… VIEUX MARSEILLAIS Et la langue aussi c’est du cheutemi. No i jȩzyk. Cheutemi. VIEUX MARSEILLAIS Ils font des O » à la place des A », Mówią „E” zamiast „U”, VIEUX MARSEILLAIS des QUE » à la place des CHEU » et les CHEU » ils les font, ils les font… „SZ” zamiast „S” VIEUX MARSEILLAIS Ils les font, mais à la place des CE » C’est desfadas ! C’est des fadas ! i „O” zamiast „A” VIEUX MARSEILLAIS Et quand tu crois tout comprendre, tu apprends que serpillière, A jak już myślisz, że coś rozumiesz… okazuje siȩ, VIEUX MARSEILLAIS ça se dit wassingue » ! Alooooors… że „ścierka”… to po ichniemu wassingue »! PHILIPPE Et c’est comment la vie là-bas, tous les jours ? J’veux dire, c’est… A życie ? PHILIPPE C’est tranquille, non ? Spokojne ? VIEUX MARSEILLAIS Dure ! dure, dure ! Ciȩżkie ! Ciȩżkie ! VIEUX MARSEILLAIS Y a que ceux qui sont dans le charbon qui vivent bien. Tylko górnicy dobrze żyją. VIEUX MARSEILLAIS Les autres, c’est que… Reszta to… VIEUX MARSEILLAIS des miséreux. nȩdzarze. VIEUX MARSEILLAIS Pi, ça meurt jeune là-bas. Ça meurt très jeune. Umierają młodo. Bardzo młodo. VIEUX MARSEILLAIS Heureusement, ma mère est redescendue dans le Sud. Na szczȩście uciekliśmy na południe. VIEUX MARSEILLAIS J’avais 10 ans. Je supportais plus, je supportais plus le froid. Miałem 10 lat. Nie znosiłem temperatur. PHILIPPE Il fait très froid ? Bardzo zimno ? VIEUX MARSEILLAIS En été, ça va parce que tu as zéro, zéro un. Latem ujdzie. W okolicach zera. VIEUX MARSEILLAIS Mais l’hiver, ça descend, ça descend, ça descend. Ale zimą temperatura spada. VIEUX MARSEILLAIS – 10, – 20, – 20, –30. – 10, – 20, – 20, – 30. VIEUX MARSEILLAIS Tu dis Je reste couché » Ils te foutent du moins 40. Tu vois ? Czasem nawet do – 40. PHILIPPE – 40 ? – 40 ? VIEUX MARSEILLAIS C’est le Nooord ! 1AB, 231-271 To jest północ ! 8Suivant le modèle de la communication linguistique proposé par Catherine Kerbrat-Orecchioni, les locuteurs sont dotés de compétences qui contribuent à l’élaboration du message. Il s’agit de compétences linguistiques et paralinguistiques d’une part, et de compétences idéologiques et culturelles d’autre part Kerbrat-Orecchioni 1980 19. 9Dans l’exemple ci-dessus, Philippe, ayant appris qu’il serait muté dans le Nord de la France, s’adresse à l’oncle de sa femme, qui a vécu dans le Nord lorsqu’il était enfant. Comme nous le voyons, les connaissances de Philippe et du vieux Marseillais ne se superposent que partiellement. Certes, Philippe a en tête une certaine vision du Nord, relevant du système doxique de la communauté des Provençaux, mais il se rend peut-être compte de son caractère stéréotypé et incomplet, ce qui l’amène à vouloir se renseigner auprès de quelqu’un qui connaît cette région. Mais ce vieux Marseillais, censé connaître la région du Nord, renforce encore les préjugés. 10La première marque d’altérité des habitants du Nord est déjà exprimée par le nom propre qui sert à les désigner. Selon l’une des hypothèses, le mot Chtimi » ou Ch’timi pouvant être abrégé en Ch’ti est constitué de la juxtaposition de mots du Nord ch’ ce, ti toi, mi moi Esnault, 1919 156 ; selon une autre, c’est une expression picarde, qui veut dire c’est-il moi ? » Dauzat, 1946 201. Ici, la prononciation de ce mot comme cheutemi » fait penser à la particularité phonétique du parler provençal, qui généralement consiste en une prononciation exagérée du e se trouvant en position faible en position finale ou à l’intérieur du mot, précédé et suivi d’une consonne Accents. Ici, le e, représenté sous forme graphique de e et eu apparaît entre les consonnes qui originairement ne sont pas séparées par cette voyelle. Cette stylisation arbitraire du patois provençal produit un effet comique, qui ne peut être compris que par le spectateur francophone qui connaît la spécificité dialectale de la France. Il est aussi à remarquer que dans la version originale des sous-titres qui peuvent être activés dans la version DVD du film ce mot est écrit en minuscules, ce qui, dans le cas du nom propre désignant une société, semble être l’indice d’une minimalisation de son importance, voire d’un mépris pour elle. 11La méconnaissance du mot cheutemi » est pour Philippe à l’origine du malentendu basé sur un jeu de mots phonétiquement semblables, qui peut servir d’annonce aux futurs quiproquos lors des contacts avec les Français du Nord. 3 Comme l’indique Dictionnaire du patois de Lille, wassingue est un mot d’origine flamande qui désign ... 12Comme l’explique le Marseillais, ce mot ne se rapporte pas uniquement aux habitants du Nord que ce soient les hommes ou les animaux, mais aussi à leur langue. Son commentaire sur la langue de la population du Nord-Pas-de-Calais permet de construire un stéréotype basé sur leur altérité. Le spectateur apprend que la langue des cheutemis » est particulière, aussi bien au niveau phonétique qu’au niveau lexical. Sur le plan phonétique, elle se caractérise par le remplacement de la consonne post-alvéolaire [ʃ] en français standard » par la consonne occlusive vélaire [k], par la palatalisation de la fricative alvéolaire [s] en consonne chuintante post-alvéolaire [ʃ], ainsi que par la transformation de [a] en [o]. Sur le plan lexical, elle se distingue par le vocabulaire spécifique. Ici, le vieux Marseillais donne l’exemple de la serpillière, qui dans la langue cheutemi devient wassingue »3. 4 L’une des fonctions de ce pronom est de décatégoriser péjorativement un référent en lui refusant ... 13Une autre marque de l’altérité des cheutemis » est rendue par leurs conditions de vie et le climat dans lequel ils vivent. Le Marseillais présente un pays où les hommes, qui travaillent dur dans les mines, vivent dans des conditions misérables et meurent jeunes. Le fait de désigner ces hommes à l’aide du pronom démonstratif neutre, ça » renforce son mépris et le dédain qu’il a pour eux4. En outre, le Nord est une région de froid polaire où les températures descendent en-dessous de 0 °C même pendant l’été. Le dernier énoncé, C’est le Nooord ! » explique d’une façon très suggestive par l’exclamation et l’allongement vocalique excessif les causes de ces conditions climatiques. L’altérité des gens qui y vivent et la distance qui les sépare des Français légitimes » est soulignée par l’emploi du mot Nord », qui renvoie au département français dans la région Nord-Pas-de Calais, mais aussi peut connoter les régions du Nord polaire. 14En général, le traducteur dispose de deux stratégies face aux éléments qui posent des problèmes de traduction respecter l’altérité et transmettre ces éléments dans le texte d’arrivée, qui fonctionne dans une culture autre que le texte de départ Lawrence Venuti parle alors de la foreignisation ; voir Venuti, 1998 240 ou bien effacer ces éléments, en les remplaçant par des réalités de la culture d’arrivée il s’agit alors de la domestication, pour emprunter le terme de Venuti ; Venuti, 1998 240. 15Dans la traduction du passage qui nous intéresse, nous observons la tendance à employer les deux stratégies. En commençant par les toponymes, le nom de la région Nord-Pas-de-Calais qui fonctionne dans la culture polonaise sous la même forme, est conservé dans la traduction. Cela permet de garder le rôle important de ce toponyme dans l’ouverture du dialogue et de situer le spectateur dans la réalité française. Par contre, le nom de la ville de Lille disparaît. Cet effacement et la réduction de la région près de... de Lille » à ces environs » du Nord-Pas-de-Calais – AR peut résulter des contraintes techniques, vu le nombre de syllabes dans les deux versions sept dans l’original par rapport à quatre dans la traduction. Quant au nom cheutemi », jouant le rôle primordial dans la construction du stéréotype de la population du Nord, il a été emprunté dans la version polonaise. Il est à remarquer que dans les sous-titres polonais, ce substantif est écrit avec majuscule, ce qui, d’une part, permet au spectateur polonais d’identifier ce nom en tant qu’un ethnonyme, mais d’autre part, ne transmet pas le mépris du Marseillais pour les Français du Nord. Une autre solution qui cherche à transmettre l’altérité est l’emprunt du mot flamand wassingue, gardé dans la traduction sans aucun changement phonétique ou orthographique. Pour un Polonais, qui n’a probablement pas eu l’occasion d’entendre ce mot, wassingue n’apporte aucune connotation et ainsi l’effet d’altérité est encore renforcé. 16La tendance à neutraliser les éléments culturellement marqués se manifeste dans la traduction de l’accent, ou, comme l’appelle Martyn F. Wakelin, du seul aspect phonétique ou phonologique du dialecte » Wakelin, 1977 1 ; citation d’après Vreck, 2004 41. Ici, la transformation de la voyelle [a] en [o] est remplacée par une autre [e] est prononcé comme [u]. Le remplacement de cheu » par que » est rendu par la transformation de s » en sz » [s] et [ʃ] en API. Il s’agit d’une palatalisation, qui répondrait au dernier changement de l’original. Celui-ci, présenté comme la modification de cheu » en ce » est transmis par le changement de [o] en [a]. En somme, deux procédés sur trois se recouvrent dans les deux versions, mais dans la traduction, ils ne suivent pas linéairement l’original. Ces caractéristiques phonétiques produisent sans doute un effet comique dans la version originale, le Français moyen connaissant les particularités du picard. 17Sauf la première transformation dans la version d’arrivée, qui semble une création artificielle de la traductrice, les deux autres peuvent suggérer incidemment qu’il s’agit d’une réalité polonaise. La substitution de [ʃ] à [s] dont on va parler dans la suite, ainsi que la prononciation de [a] comme [o], qui est le résultat de la transformation des voyelles longues en voyelles brèves dans la langue polonaise du XVIesiècle, subsistent aujourd’hui dans les nombreux dialectes polonais Karaś, 2009. On pourrait qualifier ce procédé d’adaptation, pour emprunter le terme des classiques de la traductologie voir Vinay, Darbelnet 1958 52-54, ou de conversion, qui consiste dans le remplacement d’un élément de la culture de départ par un élément de la culture d’arrivée évoquant des associations similaires dans l’esprit du récepteur Pisarska, Tomaszkiewicz, 1996 143. Certes, il est possible que le spectateur polonais ne remarque dans la solution choisie par la traductrice aucune connotation à la réalité polonaise, celle-ci ne faisant pas penser à un dialecte polonais particulier, mais il n’y trouvera pas non plus de traits de la culture du Nord de la France. 18En outre, la traduction littérale du mot Nord » północ écrit dans la version polonaise avec minuscule, fait que le jeu d’associations jouant sur la double allusion à la réalité française et à la réalité polaire » passe inaperçu. 19Enfin, le fait de rendre la construction ça » + verbe mourir », utilisée pour désigner les habitants du Nord, par le verbe umierać mourir » conjugué à la 3epersonne du pluriel, ne transmet pas la valeur dépréciative du pronom français. 20L’emploi des deux stratégies de traduction dans la version polonaise de cette scène, qui constitue une sorte d’annonce de l’altérité de la population du Nord, a un double effet. D’un côté, le respect des noms propres permet de situer le spectateur polonais dans une culture appropriée », autre que la sienne. De même pour l’exotisation du vocabulaire utilisé par les membres de cette culture, qui contribue à la construction du stéréotype. 21D’un autre côté, l’effacement de la spécificité de l’accent picard fait que le spectateur polonais ne verra que partiellement l’image stéréotypée des habitants du Nord-Pas-de-Calais. Il se rendra compte que les Français du Nord parlent autrement », mais il n’apprendra pas en quoi consiste la spécificité de leur accent vue par le Marseillais. Première rencontre avec un Ch’ti Witam, szefie. PHILIPPE Monsieur Bailleul ? Pan Bailleul ? ANTOINE Ouais, ch’est mi. Tak, jo. ANTOINE Ouh vingt diousse ! O, krucafiks ! PHILIPPE Bougez pas. Bougez pas. Vaut mieux appeler les secours. Spokojnie ! Zadzwonię po pogotowie. ANTOINE Hein ? Cha va, cha va, cha va… Nie. Nicz mi nie jeszt. PHILIPPE Oh là là, j’aurais pu vous tuer ! Mogłem pana zabić ! ANTOINE Non mais, ch’est pas grave. Cha va. Jeszt dobrze. ANTOINE J’vous ai reconnu à vot’ plaque qu’est 13. Ichi ch’est 59. Pożnałem po tabliczy. Inszy numer. ANTOINE Je vous ai fait signe d’arrêter vot’carète, mais vous ne m’avez rin vu. Mais cha va, j’ai rin, j’ai rin, j’ai rin. Machałem do pana. Nicz mi nie jeszt. PHILIPPE Votre mâchoire, vous êtes blessé là ? Przetrąciłem panu szczȩkȩ ? ANTOINE – Hein ? PHILIPPE Vous avez mal quand vous parlez, là, non ? Ma pan trudności z mówieniem ? ANTOINE Quo ? Czo ? PHILIPPE Votre mâchoire, ça va là ? Boli pana szczȩka ? ANTOINE Non non non, j’ai mal à min tchu, c’est tout. Ch… chuis tombé sur min tchu, quo ? Nicz mi nie jeszt. PHILIPPE Le tchu » ? Ah là là ! C’est pas terrible quand vous parlez. Vous ne voulez pas qu’on aille montrer votre mâchoire à un médecin ? Upadł żech na zadek. Dziwnie pan mówi. Lepiej iść do lekarza ANTOINE Non, cha va, j’ai rin, vingt de diousse ! Nicz mi nie jeszt, krucafiks ! 3 PHILIPPE C’est pas meublé ? Gdzie są meble ? ANTOINE Ah ben, l’anchien directeur, il est parti avec, hein. U tamtego szefa. PHILIPPE Bah, pourquoi il est parti avec les meubles ? Czemu u niego ? ANTOINE Pasque… Ch’est p’t être les chiens. Żebrał i pojechał. PHILIPPE – Quels chiens ? – Żebrał ? O co ? ANTOINE – Les meubles. – No, meble. PHILIPPE Attendez. J’comprends pas, là. Nic nie rozumiem ANTOINE Les meubles, ch’est les chiens. Żebrał do kupy i pojechał. PHILIPPE Les meubles chez les chiens ? Mais, qu’est-ce que les chiens foutent avec des meubles ? Czemu żebrał o meble ? Mało zarabiał ? ś PHILIPPE Et pourquoi donner ses meubles à des chiens ? Wzion meble, bo byli jego. ANTOINE Mais non, les chiens » pas les kiens ». Il les a pas donnés à des kiens ches meubles. Il est parti avec. Żebrał i pojechał. PHILIPPE Mais pourquoi vous dites qu’il les a donnés ? Czemu musiał o nie prosić ? ANTOINE Mais j’ai jamais dit cha. Joł żech tego nie mówił. PHILIPPE Pourquoi des chats ? Vous m’avez dit des chiens. Jaki orzech ? Mówił pan... ANTOINE – Ah non ! - Nie ! PHILIPPE – Ah si ! Vous m’avez dit Les meubles sont chez les chiens. » - Powiedział pan „Żebrał i pojechał” ANTOINE Ah, d’accord. Ah non. À, rożumiem. ANTOINE J’ai dit Les meubes, ch’est les chiens. » Mówiȩ „żebrał meble do kupy”. PHILIPPE Ah ben oui, c’est ce que j’vous dis. No właśnie. ANTOINE Les chiens. À lui. Żebrał. Wzion. PHILIPPE Ah, les siens » ! Pas les chiens, les siens » ! Ach, nie „żebrał, tylko „zebrał”! ANTOINE Oui les chiens. Ch’est cha. No, żebrał. Tak jeszt. PHILIPPE Les chiens, les chats ! Putain, mais tout le monde parle comme vous, ici ? Cholera, wszyscy tutaj tak mówicie? ANTOINE Ah ben ouais, chez les ch’timis tout le monde y pare ch’timi, hein. Ja. Tu wszyszczy mówimy ch’timi. Y en a même qui parle flamand ichi.2AB, 5-60 I po flamandżku. 22Quand Philippe, après toute une journée de voyage, franchit finalement la frontière de la région Nord-Pas-de-Calais, des trombes d’eau s’abattent sur sa voiture. La première rencontre avec Antoine, l’un des employés de la Poste, n’est pas chanceuse non plus. Les conditions météorologiques et, par conséquent, la visibilité réduite font qu’Antoine se fait renverser par la voiture du nouveau directeur. La façon de parler particulière d’Antoine fait croire à Philippe que son subordonné est blessé à la mâchoire. Il ne se rend pas encore compte que la palatalisation du [s] et, par la suite, l’abondance du [ʃ] chuintant sont des réalisations langagières des traits dont le vieux Marseillais lui a parlé et qui se manifestent ici en pratique. 23Dans la scène suivante, qui est la suite de cette conversation, Antoine présente à Philippe son nouvel appartement. Ici, le même trait phonétique, combiné avec la prononciation de l’occlusive vélaire [k] comme [ʃ] mène à la difficulté de la conversation. Les réalisations phonétiques picardes des mots du français standard » font penser à des mots tout à fait différents et rendent la conversation impossible. Ces jeux de mots, choisis délibérément par les réalisateurs du film, produisent un effet comique centré sur le code, l’un des éléments de la communication linguistique qui doit être commun pour que la communication puisse s’établir Jakobson 1963 213. Ici, les différences entre la prononciation française et l’articulation chtimi suggèrent qu’il ne s’agit pas de deux variantes de prononciation d’une même unité phonologique, mais que l’on a affaire aux phonèmes pertinents sifflant/chuintant dont la substitution dans les paires minimales [sa] et [ʃa] ou [sjɛ̃] et [ʃjɛ̃] change le sens du mot. Le choix d’exemples n’est pas fortuit dans la mesure où il montre que la langue de la population du Nord n’a pas beaucoup en commun avec la langue française. D’autres phénomènes phonétiques renforçant le stéréotype dans ces deux scènes sont, entre autres, la variation qui affecte la séquence de semi-consonne + voyelle dans le mot rien » [rjɛ̃] conduisant à la réduction de [jɛ̃] à [ɛ̃] avec l’allongement compensatoire de ce dernier ou la diphtongaison différente aboutissant à des voyelles spécifiques quoi » [kwa] prononcé comme quo » /kɔ/ voir Eloy, 2008. Enfin, la prononciation simplifiée du groupe nominal votre plaque » qui peut être considérée comme une apocope, c’est-à-dire un changement phonétique qui consiste en la chute d’un ou plusieurs phonèmes ou syllabes à la fin d’un mot qui, le plus souvent, vient de l’habitude de traiter certains mots comme s’ils faisaient partie de ceux qui les précèdent » Dubois, 1973 43-44. Sur le plan morphologique, on pourrait noter l’emploi du pronom personnel tonique spécifique mi au lieu de moi. Au niveau syntaxique, il y a aussi l’emploi des mots hein » et quo » en fonction des interjections qui achèvent les explications et qui servent de marqueurs de reformulation paraphrastique » Fernandez 1994 176, cit. d’après Beeching, 2007 80. Comme le remarque Kate Beeching, l’emploi de ces éléments, caractéristiques de la langue orale et familière, montre que le locuteur cherche l’approbation ou qu’il demande l’as- sentiment de son interlocuteur. Beeching, 2007 80-81. Enfin, sur le plan lexical, nous observons l’utilisation des mots carète » au lieu de voiture », tchu » au lieu de cul » Lexilogos ou de l’expression vingt de diousse » en tant que juron. 5 „Dialect has thus been claimed to be intrinsically deictic, pointing to a specific community of spe ... 24Les phénomènes décrits ci-dessus réfèrent à une réalité connue du Français moyen. Ils le font rire, parce qu’ils jouent sur l’image du dialecte picard fixée dans la doxa de la collectivité française. Comme le constate Leszek Berezowski, le dialecte renvoie à une communauté linguistique spécifique et apporte des informations sur elle en faisant appel à des associations que les lecteurs font, il est donc intrinsèquement déictique » Berezowski, 1997 885. Voyons donc quelles stratégies et techniques ont servi à Magdalena Kamińska-Maurugeon pour rendre les traits du dialecte français en polonais, étant donné que le spectateur polonais ne fait probablement pas de distinctions entre les variations régionales du français. 25Sur vingt-cinq emplois de [ʃ] au lieu de [s] dans le dialogue original, sept ont été transmis par un changement de [z] alvéolaire en [ʒ] post-alvéolaire, deux par un remplacement de [s] par [ʃ], trois par la combinaison de ce dernier avec la transformation de [c] occlusif palatal en [t͡ʃ] affriqué post-alvéolaire. À six reprises, le procédé de l’original n’a pas été rendu dans la traduction. Quatre fois, les solutions décrites ci-dessus + le changement de [dz] en [d͡ʒ] sont apparues là où l’original ne joue pas sur les phénomènes phonétiques et trois fois, la traductrice a employé d’autres solutions. 26Les procédés utilisés dans la traduction pour rendre la transformation de [s] en [ʃ] dans l’original, qui consistent en un changement de point d’articulation des sons [s], [z] et [c] peuvent être compris doublement soit comme des troubles de la parole, soit comme trait caractéristique du phénomène appelé en polonais szadzenie. Ce phénomène, qui doit son nom à la prononciation incorrecte du mot sadzić faire effort », prononcé comme [ʃäʥiʨ] au lieu de [säʥiʨ], renvoie à la tentative d’éviter la prononciation en transformant des consonnes alvéolaires en consonnes dentales. En général, le szadzenie apparaît dans les dialectes de l’est de la Pologne les régions de Mazovie, Mazurie, Petite-Pologne et une partie de la Silésie et résulte de l’hypercorrection caractéristique de l’ancienne noblesse rurale et des habitants de la capitale Karaś, 2009. 27Cette naturalisation, qui se manifeste par l’emploi d’une variété de la langue d’arrivée, ne répond que partiellement au procédé de l’original. Elle ne transmet pas la spécificité de la langue chtimi, ce qui est compréhensible vu le changement de contexte de la réception du film. Le spectateur polonais pourrait comprendre la façon de parler des Ch’tis soit, comme le fait Philippe, comme un trouble de parole particulier, soit, dans le cas d’un récepteur plus érudit, comme référence à un dialecte polonais. En tout cas, il va considérer cette manière de parler comme une déviation par rapport à la langue standard. 28Il est à noter que le changement de point d’articulation des sons [s], [z] et [c] apparaît aussi comme l’équivalent d’autres phénomènes phonétiques, tels que l’apocope une fois ou la réduction de [jɛ̃] à [ɛ̃] avec allongement compensatoire de ce dernier deux occurrences. 29On pourrait en tirer l’hypothèse que la traductrice n’a pas essayé de rendre un phénomène de l’original par un autre de même nature, caractéristique de la langue d’arrivée, mais qu’elle a voulu créer, à partir de l’original, une vision cohérente de la langue des Autres » qui se régit par ses propres lois. 30Un autre équivalent du remplacement de [s] par [ʃ], basé sur la prononciation de [dz] comme [d͡ʒ], semble une création artificielle, dans la mesure où il ne fait penser à aucun dialecte polonais. Grâce à l’emploi de ce procédé, l’effet de l’altérité est transmis, même s’il est dépourvu dans la traduction de la couleur locale. 31Une autre solution qui apparaît dans la traduction polonaise est le remplacement de [a] par [o] dans le mot ja moi ». Ce son, dont la prononciation balance entre o » et u », résulte de l’évolution des voyelles longues en ancien polonais. Aujourd’hui, absent dans la langue littéraire, il apparaît encore dans les dialectes de Silésie dans le sud de la Pologne. Un autre phénomène phonétique présent dans la traduction est la dénasalisation de [ã] à la fin du mot wziął » il a pris », accompagnée ici de la prononciation asynchronique, consistant dans la séparation de o » et de n » Karaś, 2009. Ce trait, présent dans la langue courante, est caractéristique du patois des montagnards polonais, et, au début du XXesiècle, il apparaissait encore dans le parler de la région de Couïavie Karłowicz, 1911 252. 6 Le polonais connaît l’opposition de trois genres au singulier masculin, féminin et neutre et de d ... 32La technique, qui semble une sorte de compensation visant à pallier la perte d’effets sur le plan phonétique, consiste cette fois à employer, au niveau morphologique, le morphème grammatical żech » dans les formes verbales du passé. Cette forme, qui fait penser surtout aux dialectes silésiens, est une des reliques de l’aoriste en polonais et le résultat de la contamination de la désinence verbale du passé -em » de la première personne du singulier avec la forme -bych » Karaś, 2009. Dans la même phrase, nous observons une stylisation qui repose sur l’association du substantif non masculin6meble meubles » avec le verbe dont la désinence indique le genre masculin. Pour le Polonais moyen, ce type de construction, connu d’ailleurs dans plusieurs dialectes polonais, est certainement considéré comme une faute de syntaxe commise par des gens peu instruits, habitants de la campagne. Par conséquent, la solution choisie par la traductrice véhicule l’effet d’altérité transmis par l’original et produit chez le spectateur polonais une réaction pareille à celle du récepteur francophone. 33Le malentendu de l’original, jouant sur la ressemblance des mots siens/chiens », ça/chats » est transmis par le jeu des verbes qui expriment l’aspect perfectif zebrał » il a pris et żebrał » il a mendié et de la structure joł żech » je » + morphème żech », combinée avec le substantif orzech » une noisette. Autant la première de ces oppositions constitue une paire minimale et la substitution des verbes peut provoquer un effet comique, autant l’autre ne repose pas sur l’opposition d’un seul phonème, mais sur l’inversion des deux [jowʒɛx] versus [woʒɛx], ce qui rend le malentendu moins naturel, moins vraisemblable et atténue l’effet humoristique de l’original. En outre, les solutions de Kamińska-Maurugeon n’évoquent pas de connotations à une langue existante et par conséquent, elles peuvent paraître moins amusantes que celles de la version française du film. 34Au niveau lexical, l’expression picarde vingt de diousse » a été rendue par krucafiks, étymologiquement lié au crucifixus latin, la croix sur laquelle est figuré Jésus crucifié. Ce juron, avec ses variantes telles que krucafuks, est caractéristique des dialectes silésiens, mais surtout du dialecte de Podhale, région montagneuse au sud du pays. Le mot polonais zadek, employé comme équivalent de tchu » est un régionalisme silésien désignant le derrière Czajkowski 1994 32. 7 Par exemple, le dialecte silésien fait penser aux mineurs polonais, la Haute-Silésie étant la régio ... 35Comme nous le voyons, dans la traduction, les Ch’tis parlent une langue qui est un mélange de différentes composantes des dialectes polonais, combiné avec des traits qui ne caractérisent aucune variation régionale de cette langue. D’un côté, l’adaptation à la réalité polonaise est une solution de haut risque, car les équivalents employés dans la traduction ont, dans la langue polonaise, leurs propres connotations et les stéréotypes concernant les différentes régions et leurs habitants peuvent se superposer à l’image de la population du nord de la France présente dans l’original7. D’un autre côté, les solutions employées dans la version polonaise ne renvoient pas à un dialecte particulier, mais à une combinaison de différents patois. Par conséquent, les connotations possibles se superposent et mènent à la création de l’image de langue étrange » qui s’écarte considérablement de la langue standard. À la Poste 4 PHILIPPE Antoine, vous portez ça au centre de tri. Vous demandez le en a besoin d’urgence. Jedź z tym do szefa sortowni. To pilne. PHILIPPE Une fois arrivé là-bas, appelez-moi pour me dire qu’il l’a bien reçu en mains propres. Zadzwoń i daj mi znać, czy oddałeś. ANTOINE Ch’est entendu, je vous appelle et je vous dis quoi. Żadżwonię i powiem co. PHILIPPE Eh bien, qu’il a bien le dossier en mains. Że oddałeś mu kopertę. ANTOINE Oui, ch’est ça. Je vous appelle eude là-bas et je vous dis quoi. Tak. Dżwonię i mówię co. PHILIPPE Quoi ? Bah, j’viens d’vous l’dire quoi ». Już wiesz, co. ANTOINE Oui, j’ai bien compris. Rożumiem. PHILIPPE Donc, vous m’appelez. Więc zadzwonisz ? ANTOINE Oui, ch’est ça. Tak. ANTOINE Une fois que je lui remets en mains propres, j’vous appelle eude là-bas et… je vous dis quoi. Oddaję, dżwonię i mówię co. PHILIPPE Ben, je sais pas moi. Nie wiem. ANTOINE Par exemple, Allô, c’est Antoine ». Może…Halo, tu Antoine. PHILIPPE Ça y est, j’viens de donner le dossier en mains propres au responsable du centre de tri. » C’est clair ? Oddałem teczkę szefowi sortowni. Jasne ? ANTOINE Ben oui. Ch’uis pas boubourse. J’vous appellerai. Tak. Nie jesztem boubourse. Żadżwonię. PHILIPPE Voilà, vous m’appelez. Świetnie. Zadzwoń. ANTOINE Et j’vous dis quoi. I powiem co. PHILIPPE Regardez-moi, Antoine. Spójrz na mnie. PHILIPPE Vous avez bu ? Piłeś ? ANTOINE Non. ANNABELLE Non, non, Monchieur le directeur, en fait, je vous dis quoi » ch’est une expression ch’ti. Cha veut dire euh… je vous dis ce qu’il en est » quoi. Szefie. My tak tu mówimy. To żnaczy „dam znać, jak jeszt.” PHILIPPE Ah, d’accord. Rozumiem. PHILIPPE Pardonnez-moi, Bailleul. Przepraszam, Bailleul. 3AB, 238-262 36Le dialogue ci-dessus fournit encore un autre exemple que la langue des Ch’tis peut être incompréhensible pour le reste de la société française. La scène présente Philippe et Antoine dans une situation de travail. Comme on le voit, Philippe, déjà habitué à la langue chtimi, ne réagit plus à la prononciation particulière du [s]. Outre ce remplacement de [s] par [ʃ] huit occurrences, nous observons, au niveau phonétique, l’allongement de [e] de transition entre appelle et de là-bas, représenté sous la forme graphique de eu » deux fois. 37Au niveau lexical, nous avons affaire à l’emploi du mot boubourse qui, selon les guides pratiques de la langue des Chtis signifie idiot » Lexique. 38L’élément le plus important, qui empêche la communication avec le Provençal, est l’emploi de l’expression je vous dis quoi » par Antoine. Cette expression, comprise par Philippe littérale- ment comme une interrogation, signifie dans la langue chti dire ce qu’il en est, donner la réponse, informer, tenir au courant » Ch’ti. Comme on le voit, les codes des locuteurs encore une fois s’avèrent différents. Mais cette fois-ci, le malentendu est encore plus grave dans la mesure où il amène Philippe à soupçonner Antoine d’avoir bu. 39Dans la traduction, la transformation de [z] en [ʒ] utilisée pour rendre les [ʃ] de l’original est l’équivalent dominant qui apparaît six fois, tandis que la prononciation de [ʃ] au lieu de [s] n’est présente qu’une fois. Par contre, la prononciation spécifique du [ə] de transition passe inaperçue. 40En ce qui concerne le niveau lexical, la traductrice a gardé le mot boubourse dans sa forme originale. Cet emprunt, qui répond à la tendance à l’exotisation de l’altérité, permet de rendre la spécificité de la langue du Nord de la France, mais n’évoque aucune connotation chez un spectateur polonais. La technique employée pour rendre l’expression je vous dis quoi » est la traduction littérale, traitée par Vinay et Darbelnet comme l’une des trois opérations de la traduction littérale. Il semble que l’emploi de cette technique résulte du fait que la langue polonaise ne dispose pas d’expression pareille, qui, prise littéralement dans la langue standard, aurait une signification différente dans un des dialectes. Par conséquent, puisque ce procédé ne fait pas penser à une expression particulière en polonais, l’effet humoristique de l’original est considérablement réduit. 2. En guise de conclusion 41Bienvenue chez les Ch’tis, film qui a dépassé en France les deux millions d’entrées, doit son succès à la façon humoristique de montrer et de démonter les stéréotypes sur les Français du Nord. Ces images stéréotypées se réalisent entre autres sous des formes linguistiques qui renvoient à la langue particulière des Chtimis. Outre les difficultés liées à la traduction du film, la traduction de cette langue constitue certainement un défi pour le traducteur, qui doit affronter le fait que les référents des traits du dialecte français et des traits des dialectes de la langue d’arrivée sont différents. 42Dans la traduction de ce film en polonais, nous observons deux stratégies de traduction. La première sert à souligner l’altérité des Ch’tis ; elle se réalise par les emprunts des certains mots appartenant au dialecte picard ou de noms propres qui permettent de situer le spectateur dans le cadre spatial adéquat. L’autre stratégie est l’adaptation qui cherche à neutraliser cette altérité. Elle s’exprime par le remplacement de certains traits de la langue picarde par des traits caractérisant différents dialectes polonais, par la traduction de ces particularités par des phénomènes qui ne font penser à aucune variation régionale particulière, et enfin par les omissions de certaines caractéristiques du picard. 43L’emploi d’équivalents qui renvoient à la réalité polonaise pourrait, certes, prêter à confusion. Néanmoins, le recours aux différents dialectes polonais, combiné avec la création de traits abstraits » font que la traductrice à réussi, à l’aide des moyens offerts par la langue polonaise, à créer une vision d’un langage particulier qui est à la base du stéréotype des Autres ». On pourrait donc constater que l’effet d’altérité des Ch’tis quoique partiellement dépouillée de sa couleur locale, a été transmis dans la traduction. Ainsi, l’objectif du film est atteint ; la popularité de ce film en Pologne en est la preuve.

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